Politique

Attaque de Shinya : des zones d’ombres

15/08/2017 Fabrice Manirakiza 4

Sept personnes ont été incarcérées dans le cachot du Commissariat provincial de la police de Kayanza, suite à l’attaque à la grenade du 9 juillet sur la colline Shinya de la commune Gatara en province Kayanza. Les habitants de cette localité parlent d’arrestations à mobile politique.

C’est à huit kilomètres de chef-lieu de Gatara où l’attaque a eu lieu.

Les habitants de la colline Shinya de la zone Ngoro, commune Gatara de la province Kayanza, disent qu’ils n’oublieront jamais la date du 9 juillet 2017. Ce jour-là, une grenade a été lancée, aux environs de 19h, dans un bar de cette localité. La peur s’installe sur Shinya.

Un bilan de 5 morts : Osias Niyomukunzi (10 ans), Gaudence Irankunda (18 ans et mère d’un bébé), Narcisse Nsabimana (66ans), Jean Marie Bigirindavyi (5ans) et Côme Nsabimana (15ans). «Ce n’étaient que des enfants!», s’exclame une mère avec amertume. «Ils ne faisaient que regarder ceux qui étaient en train de boire», ajoute une autre mère, déboussolée. On compte aussi une quarantaine de blessés. Ils sont vite évacués dans différents établissements hospitaliers.

Un flou plane sur ce dossier

Au lendemain de cette attaque, le gouverneur de Kayanza, Anicet Ndayizeye, des parlementaires et différentes autorités policières se rendent sur les lieux pour tranquilliser la population apeurée. D’après les témoignages recueillis, ces autorités ont demandé à la population d’écrire sur un bout de papier le nom de suspects potentiels.

«Certains se sont réunis dans de petits groupes afin d’exécuter cet ordre. Et certaines personnes en ont profité pour régler des comptes», déplore un habitant de Shinya. Ces bouts de papier accusateurs sont relayés de main en main. Dans la foulée, trois personnes sont vite arrêtées, ce jour même. Quatre autres seront appréhendés par après. Les habitants de Shinya n’en reviennent pas. Ils se demandent si c’est de cette manière qu’on mène des enquêtes. « Arrêter des gens sur de simples accusations et de surcroît grâce à un bout de papier est nouveau et inquiétant», relève N.S, un habitant de Shinya.

D’après les habitants de Shinya, ces arrestations sont d’ordre politique car ces personnes incarcérées sont de l’Uprona pro-Nditije ainsi que des militants du MSD. Ils pointent du doigt le chef du parti Cndd-Fdd en commune Gatara, Jean Bosco Ndikumwenayo, d’être derrière ces arrestations. «C’est lui, avec des Imbonerakure, qui est allé arrêter Philibert Nibitanga alors qu’il était hospitalisé à Musema.» Ce dernier est parmi les blessés de l’attaque.

Ils soutiennent que ce responsable du parti au pouvoir leur cherche querelle, depuis belle lurette. «Notre colline est composé à 95% de militants de l’opposition et de surcroît à majorité tutsi. Il a toujours essayé, en vain, de nous faire adhérer à son parti.» Lors de la crise 2015, ils affirment qu’il a envoyé des Imbonerakure pour les attaquer en les accusant d’être des manifestants.

Iwacu a cherché en vain à joindre Jean Bosco Ndikumwenayo.
L’administrateur de la commune Gatara, Dévote Ndayizeye, balaie du revers de la main ces accusations à l’encontre de M. Ndikumwenayo : «Lorsque ces arrestations ont eu lieu, nous l’avions envoyé dans une formation à Bujumbura.» Sur l’arrestation de Philibert Nibitanga à l’hôpital, elle parle de mensonge. « Les détracteurs du chef du parti l’accusent toujours de tous les maux.» Et d’affirmer que les prévenus ont été arrêtés par les forces de l’ordre. «Cela ne les empêche pas de solliciter l’aide des comités mixtes de sécurité.»

Joint par Iwacu, une source judiciaire au Parquet de Kayanza indique que les sept personnes ont été arrêtées par la justice pour des raisons d’enquête. La même source signale qu’elles sont détenues dans une des maisons de détention du chef-lieu de Kayanza. Elle a d’ailleurs ajouté que pour le bon déroulement de l’enquête, la justice a droit d’arrêter toute personne suspecte.


Des rivalités entre Bagumyabanga?

Qui sont les auteurs ou l’auteur de cette attaque? Après plus d’un mois, cette question n’a toujours pas trouvé de réponse.

D’après les informations recueillies sur place, cette attaque aurait été préparée ailleurs. «La cible n’était pas les habitants de Shinya. L’attaque visait le directeur général de la Sogestal Kayanza, Claude Nzambimana», convergent des sources interrogées à Gatara. Ce directeur général est natif de la colline Shinya, mais il habite sur la colline Ngoro.

D’après les témoins oculaires de l’attaque, M. Nzambimana était venu partager un verre avec les habitants de Shinya parce qu’ils avaient vendu beaucoup de café à la Sogestal. «Il nous a acheté 3 bidons de bière de banane et du thé pour ceux qui ne boivent pas.» L’ambiance était bon enfant jusqu’au moment où il a voulu partir.

«Au moment où il était sur le point d’ouvrir la portière de sa voiture, quelqu’un est venu lui dire qu’il y a une facture impayée.» Claude Nzambimana retourne dans le bar pour régler la facture. Et puis boum!

Des jalousies au sein du Cndd-Fdd?

Plusieurs sources à Gatara parlent de jalousies qui existeraient entre certains membres du parti Cndd-Fdd en commune Gatara. Et elles évoquent des relations tendues entre Claude Nzambimana et Jean Bosco Ndikumwenayo. «Le directeur général est un ingénieur très influent dans la région et le chef du parti n’a que des Imbonerakure pour intimider la population», confie un notable de la colline Shinya.

Comme il fait la pluie et le beau temps, poursuivent-elles, il déteste la concurrence. «Il n’était pas content que tous les deux vivent dans la même commune et il le disait.» Il aurait voulu faire d’une pierre deux coups : se débarrasser d’un adversaire et «casser» l’opposition de Shinya.

Sur la question de savoir si c’était lui la cible, Claude Nzambimana s’est gardé de tout commentaire. «Ce que je peux dire c’est que j’étais présent le jour de l’attaque.»

Concernant ses relations tendues avec Jean Bosco Ndikumwenayo et les soupçons qui pèsent sur lui dans cette attaque, il s’est également gardé de toute réaction. Iwacu a essayé, à maintes reprises, de contacter Jean Bosco Ndikumwenayo, sans succès.

Les 7 personnes de la colline Shinya arrêtées pour détention illégale d’armes et assassinat sont :
1. Philibert Nibitanga, né en 1983. Fils de Gaspard Ndimurwanko et Germaine Barasokoroza. Ce célibataire est un cultivateur.
2. Sylvestre Minani, né en 1957 et fils de Romain Nsinzobakwira et Irette Buzige. Il est cultivateur et marié. Il a été arrêté le 20 juillet 2017.
3. Bénédicte Nkundwanabake, né en 1987. Marié et cultivateur, il est le fils de Fidèle Nzimenya et Anatolie Hakizimana. Arrêté le 21 juillet 2017.
4. Edouard Manirakiza, né en 1983. Marié et cultivateur, il est le fils de Ndabaneze et Nzeyimana. Appréhendé le 9 juillet 2017.
5. Syldie Ngendakumana, 24 ans. Il a été arrêté le 13 juillet 2017.
6. Un certain Toto
7. Thaddée

Forum des lecteurs d'Iwacu

4 réactions
  1. Nkubaze

    @Helmes
    « ou vont nous » nawe! Urabona?

  2. roger crettol

    @ Sam

    A votre discours, on peut opposer le fait qu’IWACU se fait l’écho de déclarations recueillies sur place. On peut présumer que les témoignages mentionnés sont réels.

    Même si la réalité était différente ou simplement plus complexe, le fait reste que ces témoins n’ont pas une confiance sans faille dans le travail des responsables de la sécurité. C’est un fait.

    Faut-il en attribuer la responsabilité au régime en place, ou bien à une nébuleuse conspiration de l’Occident ? Faut-il être membre du CNDD-FDD ou peut-on encore réclamer pour soi la liberté de penser et juger sur la base des faits et informations disponibles ? Et pourquoi la disponibilité s’et-elle faite si maigre ? Encore une manipulation de l’ennemi occidental ?

    Vous voyez, Sam, je ne fréquente pas votre église – pardon, votre parti.

  3. Helmes

    Enkete zaha hantu ziratwenza kabisa… babwira abanyagihugu ngo bandike sur des bouts de papiers les noms zabataye grenade? Oya kweri, nivyaba arivyo ni akamaramaza pour le pays. Je me demande “ou vont nous”.

  4. Sam

    Ça aurait été étonnant si ces arrestations n’ont pas été de facto classées “motivations politiques” par certains propagandistes de ma connaissance. Vu ce qu’ils disent cette grenade qui a tué ces innocents pourrait s’être lancée elle-même sans intervention criminelle. Comme ça, par hasard et comme toujours tous les suspects arrêtés l’auraient été pour des motifs politiques et éthniques car ils ne peuvent pas participer dans un acte criminel car ce sont de petits anges. Selon eux tous les actes criminels au Burundi sont le fruit des pauvres imbonerakure et du grand méchant loup appelé Nkurunziza qui tuent les pauvres agneaux qu’ils n’ont pas honte d’appeler opposants! Propagandistes, à force de jouer avec le mensonge vous finissez par croire que nous avalons sans gober toutes les histoires que produites par votre imagination, non non les burundais sont assez matures pour différencier le mensonge de la vérité. Pourquoi ces gens là aiment toujours mentir? Chercher toujours à salir telle ou telle autre parti politique, telle ou telle autre éthnie ne vous servira à rien sauf à montrer votre bassesse. Cira birarura bwana.

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