Médias

Antoine Kaburahe, Prix Reporters Sans Frontières 2016

RSF et la Mairie de Paris décernent ce 2 mai, des médailles à quatre héros de la liberté de la presse, dont le directeur des publications du Groupe de presse Iwacu.

Anne Hidalgo et Antoine Kaburahe recevant la médaille, reconnaissance du courage et de la détermination

Anne Hidalgo et Antoine Kaburahe recevant la médaille, reconnaissance du courage et de la détermination

Théâtre du Rond-Point, à quelques pas des Champs Elysées dans le 8ème Arrondissement de Paris. Il est 18 h 30 min, mais le soleil brille toujours en ce début de printemps. Reporters Sans Frontières et la Mairie de Paris ont donné rendez-vous dans cette belle salle à une centaine d’invités, dont de nombreux professionnels des médias français et étrangers.

Thème retenu : « Les combats du journalisme ». Dans la grande salle du Théâtre, il règne une ambiance bon enfant. Un moment des retrouvailles pour certains et de nouveaux contacts pour d’autres. Une joie qui se justifie puisque nous sommes à la veille du 3 mai, la journée dédiée à la liberté de la presse.

Actualité oblige. La soirée sera ouverte par les témoignages sur l’une des plus belles histoires du journalisme d’investigation : le Panama Papers.

Sans toutefois révéler leurs secrets professionnels, quatre journalistes chevronnés d’investigation, dont l’ex-présentatrice vedette de France 2, Elise Lucet, partagent avec le public leur expérience qui a abouti à la dénonciation de l’évasion fiscale qui a sidéré le monde entier. Les journalistes sont regroupés au sein d’International Consortium of Investigating Journalism, une organisation créée en 1997 et dont le siège se trouve à Washington Dc. Cette rédaction virtuelle comprend 180 journalistes répartis sur 150 pays.

« Aucun des grands défis qui hantent l’humanité notamment la corruption, l’extrême violence, etc. ne sera résolu sans les journalistes », fait remarquer Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters Sans Frontières.

Le moment tant attendu

Il est 19 h 45min quand le grand moment arrive : l’hommage officiel aux héros de la liberté d’expression et de la presse.

Quatre journalistes, du moins pour ceux qui sont présents, montent un à un sur la scène. Nargues Mohammadi, iranienne, condamnée à six ans de prison pour avoir livré des informations à la presse étrangère, son mari l’a représentée.

Antoine Kaburahe, qui vit en Belgique depuis qu’il a été accusé d’être impliqué dans l’affaire du coup d’Etat du 13 mai monte sur l’estrade en deuxième position. Il est accueilli par des applaudissements.

Son courage de continuer à exercer au Burundi, un pays en pleine crise et où la quasi-totalité des médias privés ont été détruits, a séduit Anne Hidalgo, maire de Paris, Michaëlle Jean, secrétaire général de la Francophonie et RSF. « Bravo pour votre courage Iwacu, c’est notre signe de reconnaissance », martèle Christophe Deloire, secrétaire général de RSF.

« Je salue le courage d’Antoine parce que je sais combien la situation des journalistes au Burundi est difficile, où la plupart se trouvent aujourd’hui en exil », déclare à son tour la patronne de la Francophonie.
Michaëlle Jean fait savoir qu’elle est au courant de l’assaut constant contre les médias et ceux qui persistent sur le terrain : « Vous faites un travail absolument remarquable. »

Se présente sur scène Lotfullah Najafizada, directeur de Tolo News, une chaîne afghane. Il a été retenu pour avoir dénoncé le viol des enfants par des rebelles talibans. Le 20 janvier 2016, sa chaîne est visée par un attentat perpétré contre un bus qui transportait le personnel. Bilan : six journalistes et leur chauffeur tués et plusieurs blessés.

La médaille a été aussi décernée à Can Dundar, rédacteur en chef de Cumhuriyet, journal turc, très influent. M.Dündar a été choisi pour avoir dénoncé le soutien de la Syrie envers les rebelles islamistes et la collaboration de l’Union européenne avec Recep Tayyip Erdogan contrairement aux valeurs démocratiques. Emprisonné, il n’a pas pu se présenter à la remise des médailles. Sa femme l’a représenté.

Un prix dédié à tous les journalistes d’Iwacu et aux confrères exilés

« Ce qui ne te tue pas, te renforce », confie Antoine Kaburahe. La remise de la médaille des mains d’Anne Hidalgo sera pour lui un moment inoubliable et de grande émotion. Emu, il est allé droit à l’essentiel. Il a rappelé les conditions dans lesquelles travaillent les journalistes : « Ce prix, je le dédie à toute l’équipe d’Iwacu qui continue à exercer le métier dans de très dures conditions et à tous les collègues en exil. »

La hantise du directeur des publications du Groupe de presse est un « blackout » total sur le Burundi.

Pessimisme et optimisme se mélangent, mais l’espoir remporte sur le désespoir. Il reste convaincu qu’un jour, les journalistes des médias burundais recouvreront leur liberté chèrement acquise : « Ce pluralisme qui faisait notre fierté en Afrique et même dans le monde, nous le retrouverons. »

Les médailles de protection et de citoyenneté d’honneur

D’après Mme Hidalgo, cette médaille fait d’Antoine Kaburahe un citoyen d’honneur de Paris. Espérons que les médias burundais , comme la ville, ne sombreront pas .

Sur la médaille dorée remise à Antoine Kaburahe, on peut y lire la devise de la ville de Paris : « FLUCTUAT NEC MERGITUR » qui se traduit : « Il est battu par les flots, mais ne sombre pas.

De notre reporter à Paris
Elyse Ngabire

  8   Vos commentaires
  1. Muhima Mweru

    A Mr. Antoine Kaburahe, je tenais à vous adresser mes plus vives et sincères félicitations pour l’obtention de ce médaille de la liberté de la presse à l’heure où la presse au Burundi n’a pas été épargnée par l’animosité du pouvoir Nkurunziza. Votre mérite doit être d’autant plus mis en exergue que vous avez consacré beaucoup de temps, d’énergie, d’assiduité et consenti à de nombreux sacrifices pour informer les Burundais. L’attribution de ce mérite vient ainsi couronner les efforts du groupe IWACU d’un succès largement mérité. C’est là le juste aboutissement de tout votre travail plein des risques en ce jour au Burundi. J’espère que vous pourrez persister dans cette voie de l’excellence. En vous réitérant toutes mes félicitations, je vous adresse tous mes vœux de réussite à votre groupe IWACU

  2. Yves

    Bravo pour ce prix Antoine, c’est totalement mérité. C’est évidemment tout Iwacu qui est récompensé par ce prix RSF. Longue vie au dernier média critique du Burundi

    • Ntahitangiye

       » dernier média critique »
      Je ne pense pas qu’il soit récompensé parce qu’il critique. Le but d’un média n’est pas de critiquer mais de construire et dans la construction qu’apparaissent les critiques constructives. De même le but d’un parti d’un parti politique n’est pas de s’opposer au parti au pouvoir, mais de contribuer à la construction de la nation et c’est dans la construction qu’un parti politique peut s’opposer au parti au pouvoir quand il prend une décision nuisible. Et le parti peut utiliser cette décision nuisible pour battre le parti au pouvoir aux prochaines élections.
      Mais chez nous: média = critiquer . Partis politiques= s’opposer . Et résultats: on se tire dessus et on se lance les grenades .
      Je souhaite que Monsieur Antoine ne tombe pas dans le schémas connu:
      Des prix et félicitations aujourd’hui. et demain dénigrement.

      • Yves

        « le but d’un parti d’un parti politique n’est pas de s’opposer au parti au pouvoir ». Parce que bien sûr, vous n’aimez que les partis satellites qui préfèrent lécher les bottes du pouvoir. Venant d’un fervent supporter de Peter, on n’en attendait pas moins…

        • Ntahitangiye

          Les partis politiques américains ou Français ne sont pas classés en parti au pouvoir et en partis d’opposition. Ils se distinguent par leurs projets de société. Et si un problème concerne leur pays, tout le monde se sent concerné, les partis politiques disparaissent. C’est pourquoi la politique américaine ou française ne change pas en fonction du parti au pouvoir, mais en fonction de l’intérêt du pays. Si vous avez un projet de société claire vous n’avez pas besoin de lécher les bottes du pouvoir.: vous convainquez les électeurs et vous attendez le résultat des urnes. Vous voulez le pouvoir sans projet de société; c’est à dire chercher le pouvoir par les bagarres , par les armes et non par les urnes. Ceux qui fabriquent les armes en profitent et nous envoient les grenades au lieu des boîtes de lait et des cartouches au lieu des sacs de riz. Et nous nous entre-tuons en chantant « démocratie » et « Droit de l’homme ». Nous restons aveugles même quand nous vivons en Occident. Comment ne pouvons-nous pas voir que les Occidentaux cherchent le pouvoir par les projets de société et par les urnes et non par les bagarres en tuant les paisibles citoyens?

          • Yves

            Votre méconnaissance des démocraties parlementaires est stupéfiante. Je vais tenter de relever point par point toutes ces erreurs.
            1. « Les partis politiques américains ou Français ne sont pas classés en parti au pouvoir et en partis d’opposition ». C’est tout le contraire : les partis qui réunissent une majorité sont au pouvoir, les autres dans l’opposition. Et ce n’est qu’à de très rares exceptions, comme par exemple au lendemain des attentats de Paris, que disparait cette différence. Mais cela ne dure jamais longtemps et reste du domaine de l’exceptionnel.
            2. « C’est pourquoi la politique américaine ou française ne change pas en fonction du parti au pouvoir, mais en fonction de l’intérêt du pays. » Bien sûr que les politiques changent en fonction des alternances. Voyez la différence considérable qu’il y a eu entre Bush et Obama sur des sujets aussi variés que la politique étrangère, le recours à la torture à des fins militaires, les soins de santé, l’environnement, etc, etc. Deuxième erreur : si la politique d’un pays occidental devait changer, ce serait surtout par souci, non de l’intérêt général, mais de l’intérêt d’une classe dominante qui cherche à amasser un maximum de richesses aux détriment des autres. Car les démocraties occidentales sont loin d’être si « démocrates » qu’elles n’en ont l’air…
            3. « Vous voulez le pouvoir sans projet de société; c’est à dire chercher le pouvoir par les bagarres , par les armes et non par les urnes ». Je présume que vous parliez du président actuellement en fonction, n’est-ce pas ? 😉

            • Ntahitangiye

              1) » les partis qui réunissent une majorité sont au pouvoir, les autres dans l’opposition ».
              C’est vous qui parlez de  » l’opposition »
              2). » Bien sûr que les politiques changent en fonction des alternances. »
              Non et non un lecteur républicain disait qu’il allait voter Barak Obama à cause de l’humeur internationale. Les Républicains et les Démocrates savent très bien ce qu’ils veulent. Pas comme des aveugles qui vont dans tous les sens. De même les partis politiques français savent très bien ce qu’ils veulent pour leur pays. Ils ne s’opposent pas pour s’opposer, pour remplacer celui qui est au pouvoir ou puisque quelqu’un leur a dit de s’opposer. Les Américains et les français soutiennent ce qui est bien fait par celui qui est au pouvoir. Mais pour vous qui vous opposez pour vous opposer, tout ce qui est fait par celui qui est au pouvoir est totalement mauvais, sombre et zéro.
              3)Je présume que vous parliez du président actuellement en fonction, n’est-ce pas ?  »
              Et pourquoi pas de ceux qui vont dans la rue et lancent les pierres et les grenades au lieu d’aller aux élections ? Leur projet de société c’est la marche, les pierres et les grenades ? Et après ?
              4) » si la politique d’un pays occidental devait changer, ce serait surtout par souci, non de l’intérêt général, mais de l’intérêt d’une classe dominante qui cherche à amasser un maximum de richesses aux détriment des autres. Car les démocraties occidentales sont loin d’être si « démocrates » qu’elles n’en ont l’air… »
              Si c’est vrai ce que vous dites, pourquoi nous influencent-ils pour détruire chez nous en utilisant la classe démunie qui ne connait rien dans ces théories de démocratie, droit de l’homme etc. ?Au moins eux ils vont aux élections paisiblement .

  3. roger crettol

    Nous nous réjouissons avec Monsieur Antoine et IWACU.

    Le travail d’IWACU – organe d’information indépendant et tribune libre – est admirable autant qu’indispensable. Merci !

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