Politique

Allo, CIRGL ?

23/07/2018 Agnès Ndirubusa Commentaires fermés sur Allo, CIRGL ?
Allo, CIRGL ?
La Cirgl n’est pas au mieux de sa forme financière, selon le président du Comité interministériel de l’organisation

La visite d’une délégation du Forum des Parlements de la Conférence internationale sur la Région des Grands Lacs, suivie par l’émissaire de l’organisation n’efface pas le malaise. Quasiment muette sur la crise burundaise, la Cirgl ne fait pas rêver.

« Quelles sont les implications de la Cirgl dans la recherche de la solution à la crise burundaise ? » s’interrogent certains officiels après la visite de la délégation parlementaire de cette organisation, suivie par le président de son Comité interministériel.

Dans ses missions, cette organisation veille à la sécurité et la stabilité de la sous-région. Pourtant, en trois ans de crise, les Burundais n’ont pas beaucoup entendu la Cirgl.

Certes, le dialogue inter-burundais a été confié à la Communauté est africaine, mais le silence assourdissant de la Cirgl est pointé du doigt.

Le week-end dernier, le secrétaire exécutif s’est insurgé contre ces critiques. D’après lui, la Cirgl ne pratique pas ce qu’il a qualifié en anglais de « Megaphone diplomacy ». L’organisation privilégierait ‘la diplomatie en coulisse’ qui fait moins de bruit dans la presse. Stratégie payante ou pas, les Burundais attendent les résultats qui semblent ne pas être au rendez-vous.

Une organisation en pleine crise financière

Mais il semble que l’organisation elle-même n’est pas très en forme. Le président du Comité interministériel de la Cirgl, Jena Claude Gakosso, a reconnu que la Conférence internationale sur la région des Grands-Lacs « a touché le fond ». Les difficultés financières sont énormes et les chefs d’Etat doivent contribuer au soutien financier nécessaire. Selon lui, l’organisation vit ses pires moments et ne peut que remonter la pente, et de conclure : « Il n’y a pas de raison de sombrer dans le pessimisme »

Peut-être que la Cirgl devrait d’abord être elle-même requinquée pour proposer ses services à un pays membre.

La dynamique d’intégration de La conférence internationale sur la région des Grands lacs

– Créée en 2007, cette organisation compte 12 pays : Angola, Burundi, RCA, Congo, RDC, Kenya, Ouganda, Rwanda, Soudan, Soudan du Sud, Tanzanie, Zambie.

-Son grand succès : avoir joué un rôle important dans le dénouement de la crise dite du M23. L’idée de la force neutre proposée par la Cirgl a été reprise par le Conseil de sécurité de l’ONU et a débouché sur la création de la brigade d’intervention de la MONUSCO avec un mandat offensif.

-L’appui de cette brigade aux forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) a permis de démanteler militairement le M23 en novembre 2013.

– Elle a mis en place un Mécanisme conjoint de vérification des frontières entre le Rwanda, l’Ouganda et la RDC  pour consolider la paix dans la sous-région.

-La Cirgl a créé un Centre régional de fusion des renseignements ayant son siège à Goma,

-Elle demeure néanmoins une organisation sous régionale plutôt timide sans réelle capacité d’adopter des sanctions à l’endroit de ses États membres violant son traité fondateur.

Analyse/ Des organisations très faibles

Le drame burundais se joue sur une scène régionale où les acteurs principaux qui devraient faire bouger les choses ont les mains liées. Ils ont pratiquement tous révisé la Constitution chez eux et veulent se maintenir au pouvoir. Bref, la sous-région manque cruellement d’un Mandela ou d’un Nyerere, ces hommes de poigne, charismatiques qui ont véritablement aidé le Burundi à sortir de la crise dans les années 2000. Certains analystes signalent également le problème d’autonomie financière. Vivant grâce aux fonds des différents bailleurs, souvent accompagnés de conditions, ces organisations régionales disposent finalement d’une faible marge de manœuvres pour insuffler un souffle positif dans la résolution de la crise. Il faut le dire, les efforts internationaux et régionaux ont du mal à donner des résultats. Le dialogue externe sous la houlette de l’EAC est en panne. La CIRGL semble jouer aux abonnés absents. Au final, d’une main de fer, c’est Bujumbura qui se donne les moyens de renforcer ces assises à l’intérieur du pays. La majeure partie de l’opposition et la société civile en exil ont du mal à s’organiser en protagonistes forts face au pouvoir en place. L’opposition interne quant à elle se brûle constamment les ailes en voulant voler plus haut que l’Aigle. Au final, l’opposition quasi impuissante se braque et le pouvoir en place, sûr de gagner ce duel ne cède d’un iota. Au regard de ces faits, il apparaît clairement que les Burundais sont appelés à plus de lucidité et laver ses linges sales en famille.

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Réactions

Gaston Sindimwo : « Un mécanisme de vérification conjointe tarde à voir le jour »

Le vice-président de la République indique que c’est toujours bénéfique de trouver un cadre d’échange entre les pays. Gaston Sindimwo regrette toutefois l’existence de mauvais élèves, à l’instar des pays qui boycottent les réunions et ne respectent pas les conventions signées. Le vice-président de la République déplore que la mise en place du mécanisme de vérification conjointe pour statuer sur les accusations du Burundi contre son voisin le Rwanda n’ait pas encore été mise en place, malgré l’insistance du Burundi.

Domitien Ndayizeye : « Je ne crois plus à ces organisations africaines »

L’ancien président de la République indique ne plus croire à ces organisations comme l’EAC, la Cirgl. Depuis la crise de 2015, elles n’ont concrètement rien fait pour aider les Burundais. « Ces organisations régionales ne sont là que pour manger l’argent seulement. » Domitien Ndayizeye regrette le fait qu’elles ne fassent que de la diplomatie passive. Tranchant, il indique que les Burundais devraient régler eux-mêmes leurs différends.

Sylvestre Ntibantunganya : « On ne l’entend pas »

«On ne l’entend pas » indique l’ancien président de la République, en parlant de la Cirgl. Il regrette qu’une délégation parlementaire soit venue au Burundi pour s’enquérir de la situation du Burundi mais n’ait pas rencontré les différentes parties dans le conflit burundais. Sylvestre Ntibantunganya espère que ‘la diplomatie en coulisse’ de la Cirgl va porter ses fruits « parce que jusqu’ici nous ne voyons aucun mouvement de la part de cette organisation. »

Léonard Nyangoma : « Ces organisations régionales restent dans la dépendance servile de l’extérieur »

Le patron du CNDD ne pense pas que ces organisations régionales africaines servent à quelque chose. Selon lui, elles ne veulent pas mettre en place les moyens de leurs ambitions politiques et par conséquent restent dans la dépendance servile de l'extérieur. Ceci est pareil pour l'UA. Léonard Nyangoma estime que les Burundais comme d'autres peuples africains doivent d'abord compter sur eux-mêmes pour régler leurs problèmes internes. « Il faut encore du temps pour construire une union africaine, une fédération à la hauteur des grands enjeux régionaux pour peser sur l'échiquier international. »

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Editorial de la semaine

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