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Politique

Agathon Rwasa, l’associé opposé…

06-06-2016

Le 1er vice-président de l’Assemblée nationale, Agathon Rwasa, et d’autres députés de Cibitoke devait rencontrer les élus communaux et collinaires de cette province pendant deux jours. Néanmoins, après une journée, il a été déclaré persona non grata par le gouverneur.

Agathon Rwasa : « La population du Burundi ou de Cibitoke n’est pas constituée seulement des « DD ».

Agathon Rwasa : « La population du Burundi ou de Cibitoke n’est pas constituée seulement des « DD ».

La présence d’une foule nombreuse sur son passage et les scènes de liesse auraient motivé cette décision de Joseph Iteriteka, Gouverneur de la province Cibitoke, selon des sources sur place. En compagnie des autres députés et sénateurs, Agathon Rwasa a rencontré les élus communaux, collinaires et les chefs de service des communes Bukinanyana, Mabayi et Mugina.

Lundi, sur la colline Kibaya II, commune Bukinanyana, zone Ndora, étaient prévus des travaux communautaires pour la construction d’un bureau des conseillers collinaires. Une distribution d’aide aux pauvres et victimes des pluies torrentielles a été également faite.

Certains habitants de la localité affirment que certains administratifs avaient intimé, en cachette, à la population l’ordre de vider les lieux dès la fin des travaux communautaires. Une façon selon eux de les empêcher de saluer Agathon Rwasa. Malheureusement, ils ne se sont pas exécutés. Beaucoup de gens sont restés amassés sur terrain alors que le gouverneur de Cibitoke, le 1er vice-président de l’Assemblée nationale et les députés s’entretenaient avec les élus communaux, collinaires et les chefs de service.

Des arrêts gênants…

Après, M. Rwasa s’est dirigé vers le chef-lieu de la commune Mabayi. Et puis, vers Mugina. « En quittant Mabayi, Rwasa Agathon s’est arrêté à Nyeshenza à l’insu du gouverneur qui était d’ailleurs à la tête du convoi», raconte J.B, un habitant de la localité.

Alors que la visite devrait continuer mardi, le gouverneur Joseph Iteriteka a pris la décision de la suspendre.

Alors que la visite devrait continuer mardi, le gouverneur Joseph Iteriteka a pris la décision de la suspendre.

Frustré, le gouverneur a fait demi-tour et l’a retrouvé en train d’échanger avec une foule de gens en liesse. Joseph Iteriteka, donne l’ordre au cortège du 1er vice-président de l’Assemblée nationale de continuer son trajet. A Rugombo, la même scène s’est produite. Beaucoup de gens attendaient le cortège. Alors que la visite devrait continuer mardi, le gouverneur a pris la décision de la suspendre.

Mercredi, Iwacu a essayé de joindre Joseph Iteriteka, le gouverneur, sans succès. Son chauffeur a répondu, sur son portable, qu’il est dans une réunion avec le président de la République, à Mugamba, province Bururi.

Recontacté jeudi, matin, Joseph Iteriteka, gouverneur de Cibitoke a refusé de s’exprimer sur téléphone. « Si vous voulez des informations, il faut venir sur le terrain », a-t-il lancé. Iwacu a dépêché son correspondant dans la région ouest, Jackson Bahati, malheureusement, le gouverneur avait déjà quitté les lieux. Nous avons tenté de le recontacter, son téléphone a sonné, mais il n’a pas décroché.


Réactions :

« Le gouverneur a convenablement joué son rôle »

Selon James Samagorwa, député du Cndd-Fdd élu dans la province Cibitoke, le gouverneur doit veiller à ce que la sécurité ne soit pas perturbée dans sa province. « Il a pris une mesure nécessaire en suspendant la suite de la visite du 1er vice-président de l’Assemblée nationale parce que des dérapages avaient été constatés de la part des militants d’Agathon Rwasa.» Manifestement, analyse-t-il, une mobilisation en cachette avait été faite. « Certains disaient qu’il était prévu une rencontre avec Rwasa ». Or, le député affirme qu’il n’était pas là pour rencontrer ses militants, mais pour une visite de travail officiel.

Paradoxalement, certains militants de Rugombo, de Mabayi et Mugina avaient même fait le déplacement jusqu’à Bukinanyana. Et sur certains centres, relate-t-il, Rwasa Agathon s’est arrêté sans aviser le gouverneur ou le reste du convoi. Il aurait même changé de véhicule, ajoute M. Samagorwa. Tous ces dérapages ont alors provoqué le mécontentement des militants des autres partis, dont le Cndd-Fdd.

« Frustrés, les militants des autres partis commençaient à s’organiser. Ce qui pouvait entraîner des violences, n’eût été l’intervention de la mesure de l’administration provinciale », déclare-t-il.

Pour lui, le gouverneur provincial a convenablement joué son rôle. A ceux qui parlent des prérogatives, le député Samagorwa fait savoir que même le président de la République doit aviser le gouverneur avant d’entrer sur son territoire. Et de préciser : « Quand il constate que la sécurité n’est pas bonne ou risque d’être perturbée, il n’hésite pas à demander au président de reporter sa descente. »

« Le gouverneur a abusé de son pouvoir »

« Protocolairement, le gouverneur n’a pas les prérogatives de suspendre une visite officielle du 1er vice-président de l’Assemblée nationale », dixit Simon Bizimungu, député d’Amizero y’Abarundi (pro-Rwasa), élu de Cibitoke. Même s’il était accusé de perturber la sécurité, poursuit-il, le gouverneur devait d’abord aviser les échelons supérieurs à l’Assemblée nationale. Selon lui, la décision du gouverneur n’a pas été motivée.

Concernant les dérapages, ce député dit qu’il n’y en a eu aucun et qu’il n’y avait pas eu de mobilisation des pro-Rwasa. Il ajoute qu’il s’agissait d’une mission officielle et que même le programme avait été transmis bien avant aux autorités provinciales.

Ce député se dit très choqué par la décision du gouverneur. Il précise par ailleurs que Rwasa n’était pas là comme un politicien, mais au nom de l’Assemblée nationale.

Agathon Rwasa dénonce un abus de pouvoir

« Certains administrateurs ne savent pas les droits des citoyens ni ceux des institutions. Car la Constitution du Burundi donne à chaque Burundais le droit de circuler librement sur tout le territoire burundais sans demander la permission », s’indigne le 1er vice-président de l’Assemblée nationale, Agathon Rwasa. De surcroît, s’étonne-t-il, un représentant du peuple ne doit pas demander la permission à un administrateur.

« A Cibitoke, il m’a été accusé de m’être arrêté pour saluer la population de Mugina. A Rugombo, je me suis arrêté pour faire des provisions. Je n’avais pas à en aviser le gouverneur, pourquoi ? Pour lui demander l’argent pour payer mes achats  », se demande le leader du FNL. Cette situation l’étonne beaucoup et il se demande la cause de tout cela.

Il reconnaît que certaines informations parlent d’une décision du ministère de l’Intérieur dans ce sens, mais sans rien d’officiel. « Dans tous les cas, protocolairement, un gouverneur ne peut pas m’empêcher de circuler, car il est nommé par le président alors que j’ai été mandaté », explique M. Rwasa. Plus encore, ajoute-t-il, l’exécutif ne peut pas donner d’ordre au législatif : « C’est un abus de pouvoir.

L’exécutif veut faire comme si c’est le seul pouvoir existant. Et des généraux seraient derrière cette situation. » D’après lui, il y aurait même un projet de l’assassiner.

Des restrictions non protocolaires

Qu’il ait été victime de l’accueil reçu dans certains endroits, le numéro 2 de l’AN n’y voit rien d’étonnant ou d’inquiétant, puisque la population du Burundi ou de Cibitoke n’est pas constituée seulement des « DD ». A Karusi, se rappelle-t-il, des gens ont été enfermés dans leurs maisons pour ne pas venir à sa rencontre. « Un chef de colline est allé même jusqu’à dire à un député d’Amizero y’Abarundi qu’il devra passer sur son corps avant de rencontrer la population de cette localité. » Le gouverneur de cette province, où Agathon Rwasa était en tournée de travail ce mercredi 1 juin, lui a écrit le jour suivant pour lui signifier qu’il ne devait pas y revenir ce jeudi même.

Pour le leader du FNL, ceux qui pensent le rabaisser par ces restrictions risquent de s’humilier eux-mêmes, car les citoyens ne sont pas bêtes. Il rappelle que ce sont les seuls juges par les urnes, et que ces actes de dictature ne leur échappent pas. Et il ne compte aucunement quitter les institutions, car, pour lui, il défend une idéologie, et pas celle du Cndd-Fdd.


>>>Analyse

Il ne fait aucun doute, comme l’indiquent certains observateurs, que les gouverneurs de Cibitoke et de Karusi n’ont pas agi de leur propre gré, mais ont sûrement obéi aux ordres de l’exécutif qui craint Agathon Rwasa qu’il considère toujours comme un concurrent de taille. En effet, aujourd’hui, le pouvoir met en avant « la cause hutu » et Rwasa s’est battu pour elle depuis plus longtemps que le Cndd-Fdd. Avec l’entrée dans les institutions du leader du FNL, après des élections contestées, le pouvoir issu du Cndd-Fdd s’est sûrement frotté les mains, en y voyant la source d’une plus grande légitimité. Il semble cependant que le numéro 2 de l’AN avait d’autres visées, autres que profiter de la manne « DD », ce qui commence à gêner et à inquiéter le pouvoir. Mais d’un autre côté, Agathon Rwasa s’est complètement trompé en pensant qu’en entrant dans les institutions le pouvoir de Pierre Nkurunziza allait lui laisser les coudées franches pour récupérer son parti. Ce pouvoir ne veut pas d’une opposition forte. Les derniers déboires que M. Rwasa a rencontrés à Cibitoke et Karusi sont ceux d’un opposant, alors qu’il est dans les institutions. La question qui se pose maintenant est de savoir dans quel camp il est réellement.

  10   Vos commentaires
  1. Kagisye

    Vyina ngo Nkuru na Rwasa ntibari kumwe. Mon oeil!!! Ndabona nivyo mwipfuza ariko ntibimeze uko mubishaka. Mbe mwoja mubona Rwasa ariwe aserukiye DD en 2020 mwodufasha mugaca mukaziba???

  2. NDIHERIJIGO

    les RWASA et acolytes ne sont que des tigres en carton!!!

  3. Karimu

    il ne merite que cela notre petit Rwasa! d’ailleur se mettre derierre ce Nkurinziza ne lui donnera pas de cadeaux…. il est bientot le suivant sur la liste noire

  4. Ayuhu Jean Pierre

    Un élu du peuple n’a pas besoin d’autorisation pour s’entretenir avec la population. En revanche, il se doit de l’annoncer aux autorités. C’est tout! L’état d’esprit de manière générale peut pousser aux dérapages, aux manifestations de contestations etc…Où est le lard, où est le cochon entre les agissements de M. Rwasa et les réactions du gouverneur? A chacun son opinion

  5. Kana Éric

    Monsieur Agathon,en politique comme dans la vie,on a ce qu’on mérite

  6. RUGAMBA RUTAGANZWA

    Je comprends tout à fait les réaction du Gouverneur de Cibitoke. Rwasa n’est pas un élu du peuple. Il n’a jamais fait campagne et n’a jamais ete elu en tout cas avec les dernieres elections truquées de 2015

    • Peter James

      @Rugamba.
      Le peuple a fait son choix.
      Continuer à dire que les elections étaient truquées n’arrange personne et c’est être complètement à côté de la plaque.
      Tu penses que Pacifique, Marguerité ou Sinduhije auraient été choisi ??????
      Oubliez ça mon ami kumbure u Burundi bubaye nkurwanda nkuko Sinduhije avyipfuza.Unfortunately it’s not gonna happen anymore.

      • RUGAMBA RUTAGANZWA

        @Peter James,
        Oui le peuple a fait son choix mais personnellement je ne me rappelle pas quand Rwasa a fait campagne pour que le peuple là, à qui vous faites avaler toutes les couleuvres, l’élise. Par contre, je me rappelle que ses militants ont été décimés après les élections de 2010. Rappelez-vous des massacres de Muyinga avec un certain Colonel Vital BANGIRINAMA et j’en passe..! Cette période noire pour les militants de Rwasa avait été suivie par contre par une campagne ou la popularité de Rwasa avait gêné certains, qu’il n’est pas nécessaire de citer ici… !Une colère noire avait alors été déversée sur ses militants dans une opération terrible dénommée par certains « SAFISHA »! On ne l’oublie pas cette opération là car elle a endeuillé beaucoup de familles surtout dans Bujumbura rurale et un peu partout dans le pays. Je ne sais pas si vous vous en rappelez, vous.
        Ceci dit, Monsieur, pour moi Nkurunziza et Rwasa c’est bonnet blanc et blanc bonnet car pour être honnête avec vous, je ne crois pas que le Burundi trouvera son salut dans la vision et le leadership de ces deux personnes-là. En 10 ans de règne sans partage, le premier a fait du Burundi le pays le plus pauvre du monde et le deuxième est tellement versatile et changeant dans sa vision politique, (en a-t-il une d’ailleurs ??? j’en doute), qu’il n’inspire pas tellement confiance.

  7. eric

    cher madirisha ,au moins agatho and nkurunziza s’ally pacifiquement et modernellment pour le peuple.
    dans de tel pays historiquement diviser le radicalism n’est pas bien .
    la tolerance et le debat peut changer bcp de choses sans grenades

    • Peter James

      @ Eric

      Rwasa na Nkurunziza nta ngorane bafitanye
      Ingorane n’abashaka kudusubiza mu buja bari inyuma ya Magi, Pacifique na Sinduhije.
      Nobasaba kwikebuka bakaja kuraba ntatemwa Za Ndadaye na Ntaryamira.

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