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Afrique de l’Est : les médias face à l’intégration

05-05-2013

{{Parmi les grands défis de l’intégration politico-économique de la Communauté Est-africaine, l’accès à l’information. Les médias de cet espace s’étaient réunis à Bujumbura fin 2011 pour en débattre…}}

<doc2827|left>Combien de Burundais, ou d’Ougandais savent qu’il existe l’hymne de la Communauté Est-Africaine- EAC en anglais? Ne parlons pas de son refrain… Combien de journalistes comprennent vraiment, au-delà des discours mille et une fois ressassés par les politiques, les avantages pratiques de l’intégration dans l’EAC ? Quelle vision en a un Burundais de Bujumbura par rapport à celui de Kobero ?

Toute une série de questions qui hantent les rédactions quand il s’agit, désormais, de parler de la grande communauté que le Burundi, le Kenya, l’Ouganda, le Rwanda et la Tanzanie forment. D’autant plus que « la communauté est basée sur le secteur privé et la croissance économique », rappelle l’ambassadeur Jean Rigi, Secrétaire Permanent au Ministère à la Présidence chargé des Affaires de la Communauté Est-Africaine.
Ainsi, grâce à la Direction pour le Burundi du Trade Mark East Africa, les professionnels des médias des cinq pays s’étaient retrouvés à la veille du sommet des chefs d’État de l’EAC à Bujumbura pour un atelier régional d’échanges d’expérience.
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{ {{Renforcement des médias pour une meilleure intégration…}} Le Directeur du Département de Communication au Secrétariat Général de l’EAC, M. Owora Richard Othieno a présenté les grands axes de la politique de l’information. Il s’agit notamment de :
– Lancer un programme de renforcement des capacités soutenu par l’EAC et la Coopération allemande (GIZ) à l’endroit des médias de la communauté
– Équiper et renforcer le Centre Médias de l’EAC (qui centralise et intervient dans la distribution des informations sur l’intégration et ses défis)
– Œuvrer pour que les médias des cinq pays de l’EAC aient des correspondants au Centre Médias
– Soutenir les médias de la communauté à s’organiser en associations ou fédérations}
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Parmi les principales lacunes rapidement relevées par les journalistes, la question des statistiques et des chiffres, sans lesquels « il nous sera difficile de convaincre les 133 millions d’habitants que compte l’EAC car notre discours ressemblera plus à de la propagande », pointe Jean-Claude Kavumbagu, de l’Agence Net Press (Burundi).

{{La question des relations entre les médias…}}

Toujours dans cette optique, un constant : l’actualité nationale des différents pays de l’EAC résonne de plus en plus avec importance chez les voisins au fur et à mesure que l’intégration prend racine. Or, remarque Emmanuel Ngendanzi, de la Radio Nationale du Burundi, « la situation est telle que nous [journalistes] accordons plus de crédibilité à des médias étrangers, pour ne pas dire occidentaux, même quand ils évoquent des sujets locaux! » C’est dans ce cadre que les professionnels des médias de l’EAC se sont promis de renforcer les échanges de programmes… alors que surgit justement la question des langues.

Prenant au mot un journaliste rwandais qui venait d’exhorter ses confrères burundais à se convertir plus à l’anglais, Vincent Nkeshimana, à la tête de la Radio Isanganiro, a rebondi : « L’usage du français par les Burundais n’est pas simplement lié à leur formation, mais aussi à leur culture ».

Pour l’ambassadeur Rigi, « les journalistes burundais, autant que les cadres et les Burundais en général doivent s’ajuster à la dynamique mondiale ». Parlant de « rouleau compresseur », le diplomate burundais s’est interrogé à haute voix si l’entreprise française qui vient de gagner le marché d’extension de l’aéroport de Nairobi a présenté son dossier en français… « Apprendre l’anglais n’est pas de trop au 21ème Siècle », a-t-il martelé.

{{La question de la liberté d’expression}}

Bien évidemment, tout ce travail d’information ne saurait se réaliser sans un climat de confiance dans le droit à l’information et à l’expression. Pointant les réformes que le gouvernement rwandais entend mener dans ce sens en promulguant une loi sur le libre accès à l’information, Karema Luke Ibrahim, membre du Haut Conseil des Médias regrette néanmoins l’auto-censure qui existe dans son pays, soulignant que « le Rwanda a à apprendre du Burundi de ce coté-là ».

Walter Mongare, de la Kenya Broadcasting Corporation souligne que « les questions qui entachent la liberté d’expression au Kenya, et dans la communauté est-africaine en général partent du traitement réservé par les médias de l’actualité politique ». Cette situation, liée notamment à la loi de proximité si chère au journalisme (parler de ce qui touche dans l’immédiat le public), occulte justement les grands défis communautaires au profit des événements locaux, « ce qui a pour but de priver les populations de l’EAC de la compréhension des défis et des avantages de de l’intégration », rappelle M. Mongare.

Pour Alexandre Niyungeko, de l’Union des Journalistes Burundais le défi de la liberté d’expression se trouve même au niveau des organes institutionnels chargés de la protéger: « Dans presque tous les autres pays de l’EAC, les membres du Conseil National de la Communication sont élus par leurs pairs. C’est un signe fort, qui constitue une nos batailles pour une meilleure compréhension et protection de notre métier ».

{{« Nous serions encore plus développés… »}}

Situé non loin du centre de Kampala, le siège de Groupe de presse Vision est impressionnant : ce holding médiatique aligne 5 titres de journaux, dont trois quotidiens ; 5 stations de radio et trois télévisions. Doté d’un dispositif qui permet d’imprimer 40.000 exemplaires d’un journal de 64 pages en couleur et en une heure, la salle d’imprimerie du Groupe Vision, est également, selon David Semugga, « la plus performante de l’Afrique de l’Est ». Et ce développement s’est fait au prix d’une politique éditoriale bien ciblée : en créant d’une part des canaux d’actualité en langue ougandaise (vers les populations rurales), d’autre part en renforçant les canaux en langue anglaise comme le quotidien New Vision, qui est à un tirage 38.000 exemplaires par jour.

Enfin, avec un public urbain de Kampala cosmopolite, vivant dans une capitale qui a su s’imposer dans l’Afrique de l’Est au niveau musical, le Groupe Vision lancera la radio X FM… direction : « Une clientèle jeune, mélomane », souligne en substance une de ses animatrices. Pourtant, le développement atteint par son groupe inspire de la modération à Peter Taremwa, à la tête de toutes les unités d’impression du groupe : « Nous serions encore plus loin s’il n’y avait eu la guerre dans les années 1970 »… Quoiqu’il en soit, cette politique de positionnement auprès des publics variés devrait inspirer plus d’un dans la sous-région.
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{Recommandations issues de la rencontres des journalistes de l’EAC :

{{A l’endroit des gouvernements :}}
– supprimer les frais d’accréditation
– créer un fonds commun de soutien aux médias
– créer des bases de données (statistiques) fiables et accessibles
– au Conseil National de la Communication : élire les membres par les pairs

{{A l’endroit des médias :}}
– créer des échanges de programmes et informations transnationaux
– multiplier les rencontres sectorielles (journalistes spécialisés dans l’économie, sécurité, culture, etc. se rencontrant par catégorie de publication : presse écrite, radio ou télévisuelle)
– mettre en place un système de correspondants régionaux

{{A l’endroit du Secrétariat de l’EAC en charge de l’Information :}}
– harmoniser les législations de la presse en prenant exemple sur les pays les plus avancés en la matière
– créer une école de journalisme régionale de haut niveau
– décréter une période tampon de quatre ans durant laquelle français est reconnue comme langue officielle de l’EAC}

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