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Sécurité

Abattoirs clandestins : la santé des citadins en péril

Le service de la santé animale tire la sonnette d’alarme pour lutter contre les abattages clandestins des associations agréés par l’Etat. Ces dernières sont dépourvues d’équipements adéquats et contournent les taxes communales. Les autorités habilitées démontrent qu’elles sont incapables de juguler ce phénomène.

Exemplaire d’un bout de papier qui atteste que 20 chèvres ont été contrôlées à Ruziba et sont bonnes à la consommation ©Iwacu

Exemplaire d’un bout de papier qui atteste que 20 chèvres ont été contrôlées à Ruziba et sont bonnes à la consommation

Les endroits où l’abattage clandestin est une pratique courante sont situés dans les communes des provinces limitrophes de Bujumbura mairie : Muzinda, Ruyaga, Kinama (Mubimbi), Isare, Buringa, Kanyosha. A Ruziba, par exemple, l’aire d’abattage n’est pas couverte. Il n’y a ni eau courante ni canalisation pour évacuer les déchets. Un boucher rencontré sur les lieux, portant des habits maculés de sang, nous a confié que toutes les bêtes abattues sont vendues aux marchés de Ruziba, Jabe, Buyenzi… « L’abattage commence tous les jours à 5h du matin et personne ne vient nous inquiéter dans notre business clandestin. »

Dr vétérinaire Jean Pacifique Havyarimana, chef du service de l’inspection des denrées d’origine animale, indique que les abattages clandestins sont une réalité dans Bujumbura Mairie. « C’est un grand danger pour la santé de la population. » Il fait savoir que la plupart des associations d’abattage ont été autorisées par le ministère de l’Intérieur sans qu’elles soient équipées convenablement : «  Les aires d’abattage ne respectent pas le minimum des normes exigées : un hangar cimenté, une source d’eau potable, des lits d’abattage, des murs avec crochets, un technicien vétérinaire, une fosse septique. »
Les équipements de transport ne sont pas adaptés et il pointe du doigt, entre autres choses, les camionnettes destinées à transporter des engrais chimiques. Car elles sont inadaptées pour le transport de la viande fraîche. Dr Havyarimana dénonce aussi l’utilisation des sceaux de bureaux non adaptés par ces associations pour estampiller la viande soi-disant contrôlée : « Il faut utiliser un produit en poudre nommé Bleu de Méthylène qui est sain et s’enlève facilement. »

Ils contournent la loi et causent des maladies mortelles

Ces associations veulent contourner les taxes communales et exercer une concurrence déloyale sur le marché. « Ils s’arrangent, explique le chef du service de l’inspection des denrées d’origine animale, pour arriver sur le marché très tôt le matin, avant l’abattage devant un vétérinaire, et nous présentent des reçus sur des bouts de papiers déchirés dans un carnet de note (voir photo). » Et d’ajouter qu’ils vont vendre une autre partie de la viande dans les mini boucheries des quartiers.

Il avertit que plusieurs maladies peuvent survenir en consommant de la viande qui n’est pas saine. Certaines sont directement mortelles chez l’homme : le charbon bactéridien et symptomatique, les différentes intoxications alimentaires, les zoonoses (commun à l’animal et à l’homme), la tuberculose brucellose qui cause des avortements, des orchites (inflammation des testicules), des verminoses comme la cysticercose chez l’homme, qui a une forme cérébrale appelée neurocysticercose (bactérie d’origine porcine qui est à la base des épilepsies, surtout dans les provinces de Kayanza et Cibitoke où on élève beaucoup de porcs)…

Des bouchers surpris par le service de la santé animale dans la brousse en province de Bujumbura rural ©Iwacu

Des bouchers surpris par le service de la santé animale dans la brousse en province de Bujumbura rural ©Iwacu

Un manque criant de moyens financiers

« Le service chargé d’inspection n’a qu’un seul docteur et six techniciens vétérinaires pour tout Bujumbura mairie », révèle Dr. Havyarimana. Deux techniciens sont affectés à l’abattoir de Bujumbura et ils ne sont que quatre pour inspecter les aires d’abattage clandestins et les 11 marchés dans Bujumbura mairie qui vendent de la viande. « Les moyens financiers sont insuffisants et nous n’avons ni véhicule de service ni moto pour nos différents déplacements quotidiens. » Il reconnaît que les services de la protection civile les épaulent pour appréhender ces bouchers clandestins, mais ce n’est pas suffisant.

Il demande l’implication effective des administrations locales et des DPAE surtout de Bubanza et de Bujumbura rural pour juguler cette pratique. La loi portant mesures d’inspection sanitaire des animaux et des produits alimentaires d’origine animale a été promulguée le 9 juillet 2013. Il note qu’ « elle est claire quant à ces pratiques en ses articles 4 et 9 (encadré). Il faut aussi d’autres textes de lois pour son application. »
Pour combler ces lacunes, fait savoir ce Dr vétérinaire, il existe un projet pour renforcer et réhabiliter les infrastructures vétérinaires financé par la Banque Arabe de Développement Economique en Afrique (BADEA). Il s’agit de la réhabilitation et de la mise en norme de 5 marchés de vente de bêtes à Ngozi, Gitega, Bujumbura, Bururi et Muyinga. La construction et l’équipement d’un 2ème abattoir de viandes rouges à Bujumbura Mairie et 2 nouveaux à Muyinga et à Bururi…

Que dit la loi ? Article 4 : ‘’ Aucun animal destiné à la boucherie, aucun animal mort naturellement, aucun produit d’origine animale ne peut être livré à la consommation s’il n’a pas subi auparavant une inspection sanitaire vétérinaire. L’inspection sanitaire porte sur toutes les phases de la préparation, la transformation, le conditionnement, l’entreposage, le transport, l’exposition à la vente et la distribution.’’
Article11 : ‘’… l’abattage des animaux de boucherie et de charcuterie, à quelque espèce qu’ils appartiennent, dont la viande, les abats et les issues sont destinés à la transformation et/ou à la commercialisation, est formellement interdit en dehors des abattoirs et à défaut, en dehors des aires d’abattage autorisées et contrôlées par les services vétérinaires dans le périmètre urbain des agglomérations possédant un établissement de ce genre.
Les animaux font l’objet d’une inspection sanitaire lors de leur entrée à l’abattoir, avant d’être abattus et d’une inspection sanitaire de leur carcasse et de tous les produits carnés destinés à l’alimentation après l’abattage, dans les conditions fixées par ordonnance du ministère ayant l’élevage dans ses attributions…

Les bouchers s’insurgent contre ces accusations

Les bouchers rencontrés à Ruziba réfutent ces critiques : « Nous avons des inspecteurs vétérinaires, des autorisations d’abattre nos bêtes délivrées par l’administration. » D’après eux, ceux qui disent que leurs produits ne sont pas inspectés sont jaloux. Ces bouchers accusent les responsables de l’abattoir de Bujumbura de mener une campagne de dénigrement à leur endroit. « Faux », rétorquent ces derniers qui reconnaissent, cependant, qu’ils sont à 10% de leur capacité, en moyenne soixante dix bêtes par jour. Et de préciser que leur abattoir a une capacité d’abattage de 300 bovins, 300 petits ruminants et 100 porcs par jour.
Signalons que 70% des viandes vendues dans les différents marchés de Bujumbura Mairie ne sont pas contrôlées par les services habilités.

Damien Nakobedetse, directeur du Bureau burundais de normalisation et de contrôle de la qualité (BBN) ©Iwacu

Dr vétérinaire Jean Pacifique Havyarimana, chef du service de l’inspection des denrées d’origine animale ©Iwacu

Les autorités sont débordées

« Nous avons des lois qui permettent de faire un contrôle sur tous les produits commercialisables de façon globale », indique Damien Nakobedetse, directeur du Bureau burundais de normalisation et de contrôle de la qualité (BBN). Il ajoute qu’un comité national de coordination pour le suivi des mesures sanitaires et phytosanitaires, composé d’une vingtaine de personnes, a été récemment mis en place. « Il a, entre autres rôles de donner des orientations au gouvernement quant au respect des normes. » Le BBN a signé un contrat avec une société générale de surveillance internationale pour le contrôle de tous les produits qui entrent au Burundi. « Pour le cas de l’exportation, c’est les inspecteurs vétérinaires qui doivent s’en charger. »

Il indique que c’est aux inspecteurs du service de la santé animale de faire le contrôle de toutes les viandes consommées à Bujumbura. « Normalement, il doit y avoir des inspecteurs vétérinaires un peu partout dans toutes les communes du pays. » Le chef du service d’hygiène, Prosper Muyuku, a demandé à tous ces bouchers de transporter leurs viandes dans des véhicules frigorifiés et de ne plus utiliser des voitures ordinaires. « Une expertise pré-mortem et post-mortem doit se faire, sinon nous faisons une saisie et dressons un procès-verbal des bêtes non conformes aux normes », conclut-il.

  14   Vos commentaires
  1. Ndinganire

    Ahubwo twararamvye. Inyama ziribwa mu bubare nka zose ziva aho bavuze. Wosigura gute ko abantu bagira commande y’ifimbo bose bakayironka?

  2. Yohani Korode

    Erega Igihugu n’ica twese; Ubonye ibitagenda neza semerera Hama Leta nayo Irushirizeho kwitaho abanyagihu bayo. Mbe none habuze iki ngo Leta ifate mu mugongo BBN kurya ibigirira OBR mbe murazi ko Amafranga BBN yokwinjiriza Leta Yongana n’ayo OBR yinjiza? Murabaze mu bindi bihugu Bibanyi ingene bimeze? Leta rero nive hasi Yumve ko Qualité ari ngombwa muri vyose na hose ( Ibifungurwa, Ibinyobwa, Ivyambarwa, Muri Transports, Constructions, Environnement, Education, etc. Mur’ivyo bike mvuze sans qualité rien ne marche.

  3. Ndayipfukamie Jean Claude

    A être vigilant

  4. Gitabazi

    Mpa nirire hapfa uwavutse ngo na gusa rurarya.

  5. Ntihebuza Gilbert

    Il faut decentraliser l’abattoire,pourquoi tout est a Kigobe.
    L’abattoire de Kigobe ne peut et ne pourra a jamais satisfaire la demande en viande pour toutes les communes de Bujumbura et ces peripheries.

  6. jimikana

    Au Burundi les autorités sont tellement corrumpus qu’on
    en revient à se demander qu’un de ces jours ils iront jusqu à vendre
    une partie du pays. Le pire c’ est qu’ à ce stade là, ce n’ est plus de la corruption,
    c’est de la prédation.

  7. Thefox

    Au Burundi, la viande que vous mettez dans la bouche de vos enfants peut les tuer.
    L’autre lui, voudrait un troisième mandat…… Pour nous amener ou exactement?

  8. Namabanga

    Thefox,
    pour toi ces filles qui marchent toutes nues ne constutuent un probleme pour le pays! On vous connait, si on ne fait pas attention vous allez apporter vos comportements deplaces d’homosexualite. On vous combattra jusqu’a la derniere energie comme Mutama Museven a refuse votre cadeau de la honte a son pays.

    • Thefox

      @Namabanga
      1. Je suis Burundais.
      2. Il faut agir sur la depravation des moeurs !! La ou je suis en desaccord, c’est sur la forme, pas le fond… Je pense d’ailleurs que toute personne censé et d’accord avec la forme mais pas avec la forme.
      Apres…. a chaque niveau d’education ses solutions….

  9. kimeneke

    Nous voulons lancer une appel d’offre internationale pour 50 000 têtes de bétails. Inyama zomuburundi ntizikwije amategeko kugira tuzirye. Appeler au 79 945 4809

  10. Patience

    Voici encore une fois ce qu’apporte la corruption dans ce pays. Uwapfuye yarihuse!

  11. Et il veulent construire un deuxième abattoir alors que même le premier tourne à 10% de sa capacité. C un calcul de ces gouvernements adeptes de la médiocrité profonde. Des fonds de la banque arabe qui vont finir dans les poches des mêmes. Les autorités sont débordés!! Excuse récurant chez des incampables guidé par l´ulliminé président qui(l´histoire me contredira) est le plus mauvais dirigent de l´histoire, au même enseigne qu´un certain Michel Micombero. Comme quoi, deux antipodes peuvent se trouver des similitudes!

  12. Thefox,
    1000 fois raison!
    Voilà un problème qui touche ou qui touchera surement même ceux qui ferment les yeux devant une telle catastrophe.
    La corruption est devenue tellement convoitée que certains responsables locaux vont jusqu’à sacrifier leur propre vie ainsi que celle des leurs!

  13. Thefox

    Plutôt que de mesurer les jupes de ces dames. Voici un vrai problème.

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