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Si Ma Mémoire est Bonne

A partir de 1980, des industries à tout prix

06-08-2014

Vers les années 1980, une révolution s’opère au Burundi. Une vision se dessine, après une timide industrialisation de l’économie. Pour le régime en place, il ne peut y avoir de développement sans une base industrielle. Les ’’cadres’’ sont mobilisés pour analyser les potentialités et proposer des ’’voies et moyens’’ afin de booster l’économie.

Inauguration de la Sosumo par la Major Pierre Buyoya, une initiative du régime Micombero réalisée par la deuxième République du Colonel Jean-Baptiste Bagaza ©Iwacu

Inauguration de la Sosumo par la Major Pierre Buyoya, une initiative du régime Micombero réalisée par la deuxième République du
Colonel Jean-Baptiste Bagaza ©Iwacu

Même les initiatives de la première République sortent des tiroirs. Selon Audace Bukuru, Administrateur Directeur général de la Société sucrière du Moso (Sosumo) qui sauvera cette entreprise de la faillite, l’idée date de 1969. L’Isabu (Institut des sciences agronomiques du Burundi) commence par la multiplication de la canne à sucre.

En 1970, le régime Micombero compte implanter une usine de production du sucre. Ironie du sort, c’est peu de temps avant son éviction par le Colonel Jean-Baptiste Bagaza que les premières études dessinent les possibilités d’implantation de cette usine. Des accords de financement seront signés notamment avec la BAD (Banque africaine de développement) et la BADEA (Banque arabe pour le développement économique). Mais les Institutions de Breton Woods boudent et pensent qu’il s’agit d’un ’’éléphant blanc’’.

«Les constructions débutent en 1975. Les plantations prennent environ 5 ans, les premiers sacs de sucre ne sortiront qu’en 1988 donc 19 ans après. » La Sosumo sera inaugurée par le président Pierre Buyoya le 19 août 1989 », fait savoir l’ADG de cette entreprise.

La Sosumo et le Cotebu, des initiatives du régime Micombero

Fruit de la coopération sino-burundaise, le Complexe textile du Burundi est également un projet datant de la première République et réalisé par le régime Bagaza. D’après Raphaël Horumpende, ancien président du syndicat des employés du Cotebu, les constructions de cette usine commencent en 1973 pour se terminer trois ans plus tard. « Je me souviens que c’est en 1976 que cette entreprise est inaugurée par le président Bagaza. En 1983, le Cotebu tourne à plein régime et c’est en 1988 qu’il atteint son apogée avec environ 1700 employés et beaucoup de rentrées de devises. »
Cet ancien syndicaliste se rappelle : « Le tissus Cotebu était apprécié au Congo, en Tanzanie et au Rwanda. Il était parmi les meilleurs. Il y avait au Rwanda l’usine Texrwa, mais elle utilisait les fibres Cotebu.» Cette entreprise fournissait les uniformes des écoliers, des élèves, de la police et de l’armée. « Cela permettait de limiter les importations et d’épargner du coup des devises. Le coton de la Cogerco avait un marché d’écoulement. »

Les quelques bouteilles sorties de la Verrundi avant sa fermeture ©Iwacu

Les quelques bouteilles sorties de la Verrundi avant sa fermeture ©Iwacu

La Verrundi, sabotée par Habyalimana et Mobutu

La concrétisation des projets Cotebu et Sosumo est une des priorités du régime Bagaza dans sa politique d’industrialisation. D’après Albert Muganga, ministre en charge de l’industrie, une innovation de la deuxième République, le premier projet était la création d’une verrerie, la Verrundi, dans le cadre de la Communauté économique des pays des grands lacs (CEPGL).

Cette usine ne fera pas long feu, elle ferme suite aux divergences des dirigeants de ces trois pays : « Habyalimana et Mobutu s’entendait bien et ils semblaient être contre Bagaza. Kigali a dû dépenser 20% de plus pour l’achat des bouteilles en Israël au lieu de les acheter au Burundi. La société n’avait plus de marché.» Selon cet ancien ministre chargé de l’Industrie, la tentative de Heineken de récupérer cette usine échoue, le prix est exorbitant. « Quand Bujumbura a revu sa décision, c’était trop tard, cette multinationale avait changé d’avis.»

Déterminé à implanter des industries, le régime Bagaza n’hésitera pas à outrepasser les injonctions de la Banque mondiale. Selon Albert Muganga, la Bragita, la brasserie de Gitega est née dans ce contexte. « La Banque mondiale ne voulait pas financer ce projet. Nous avons dû négocier avec d’autres bailleurs. Suite aux pressions de la Banque mondiale, cette nouvelle brasserie sera récupérée par la Brarudi. »
Ce n’est pas tout, la deuxième République s’intéressera aussi à la filière café : « Les Français et les Belges nous ont aidés dans la construction des usines dites SODECO (Société de Déparchage et Conditionnement du café) à Bujumbura et à GITEGA pour l’amélioration de la qualité du café. Nous avons aussi créé la minoterie de Muramvya à l’aide d’un projet financé par le Fonds européen de développement (FED)», fait savoir Albert Muganga.

Sosumo, un autre pôle de développement

Pour Albert Muganga, par l’implantation des industries, l’objectif de la deuxième République était de trouver d’autres ressources au lieu de compter sur l’agriculture. « Avec les petites superficies arables, difficile de survivre d’ici 30 ans.»
Pour l’ADG de la Sosumo, le secteur industriel est d’une importance capitale. « Au cours de ces trois dernières années, la Sosumo a déboursé plus de 51 milliards de Fbu pour les impôts et les taxes. Cette entreprise compte plus de 550 employés et plus de 300 travailleurs saisonniers.»
En période de campagne de production, les effectifs atteignent 4.000 travailleurs pendant six mois. La Sosumo est en train de viabiliser 1.500 parcelles pour ses employés.

La touche allemande | Olivier Suguru, secrétaire général de cette société raconte : « C’est en 1970 que l’Allemand Dieter Kuntze crée cette petite industrie pour la fabrication du savon de lessive à base d’huile de palme, une tradition familiale débutée en 1814 dans l’ex RDA. » Depuis cette période, Savonor qui compte aujourd’hui 1400 employés avec beaucoup de facilités dont des crédits, ne cesse d’acquérir de nouvelle machines, d’élargir son champ d’action et sa gamme de produits grâce à Matthias Kuntze, le fils de l’initiateur de cette société. « Les impôts et taxes payés sont en termes de milliards, plus de 30% des produits sont exportés, ce sont-là des rentrées de devises.»

Le rêvé du régime Bagaza d’avoir un deuxième pôle de développement se réalise. Mais cette entreprise a failli toucher le fond, d’autres n’ont pas eu cette chance. La crise, la mauvaise gouvernance, le désengagement de l’Etat et la privatisation en cascade ont sonné le glas des espoirs suscités par la politique d’industrialisation.
Raphaël Horumpende, ancien syndicaliste du Cotebu, témoigne : « Cette entreprise était régulièrement pompé, sous prétexte qu’il s’agissait des impôts. C’est ainsi qu’en 1989, l’Etat a pris une somme de 750 millions de Fbu de la trésorerie de cette entreprise.»

Burundi Brewery, la renaissance ?

Après la faillite en chaîne des entreprises industrielles initiées par l’Etat et son désengagement dans ce secteur, des initiatives privées commencent à voir le jour. C’est le cas de l’usine Burundi Brewery implantée à Ngozi.
L’Ir. Gervais Katiyunguruza, directeur technique de cette entreprise, indique que l’idée de mise en place de cette usine émane des membres de l’association ’’Dutezimbere Igitoke’’. « Ils ont de grandes plantations de bananiers et d’ananas mais éprouvent au départ de sérieuses difficultés de marché d’écoulement. Il fallait des fonds et des machines de transformation de leurs produits.» Après avoir obtenu des moyens, ce projet de fabrication de bière, à base de banane, ne contenant pas de sucre, verra le jour.

L’historien Alexandre Hatungimana est convaincu que le retard économique du pays est lié à la faiblesse de son secteur industriel. Le souci de la deuxième République était de développer le pays par l’implantation des industries.
Selon lui, les rapports de cette époque sont sans équivoques : le développement n’est pas possible au 20ème siècle sans une base industrielle. Ce qui est valable même aujourd’hui. L’exemple des pays émergents est éloquent. « Aucun Burundais ne peut être développé par l’agriculture de subsistance », conclut ce professeur d’université.
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SMMEB_logo« Ninaba Nibuka » (« Si Ma Mémoire Est Bonne ») est une co-production de la Radio Isanganiro, Groupe de Presse Iwacu et la Télévision Renaissance, en partenariat avec La Benevolencija.
«Si Ma Mémoire Est Bonne», c’est un bouquet d’émissions et de publications qui donnent la parole aux citoyens Burundais sur des sujets liés à l’histoire récente du Burundi, que les journalistes des trois médias remettent à l’ordre du jour. Ce programme réveille chaque semaine nos mémoires sur des thèmes et des évènements de l’histoire récente du Burundi.
C’est en promouvant la connaissance et la compréhension du passé, que cette production médiatique vise à contribuer à mieux comprendre le présent et à améliorer la cohésion entre les citoyens burundais.

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  16   Vos commentaires
  1. Les articles chez iwacu me rappelle la chanson… »mbwire gito canje, gito cundi cumvireho » les usines sont la premiere ressource de relance économique. je m demande c qui manque chez nous. les usines ont certes fermés en cascade avec l’assassinat de Ndadaye mais 20ans après on a rien amenagé. j dirai d’abord que les usines ne devraient pas appartenir à l’etat. il a Plutot interet à faciliter la création. tenez on se vente Aimee les vache et on a pas une usine qualifiée de production du lait!!!! on cultuve les oranges et mandarines mais on n produit pas son jus. j n dirai pas les goyaves et mangue… la liste est longue.

  2. KABUTURA Jerôme

    Ndabira abo ba gentlemen inyuma ya buyoya ingene bari bicishije bugufi sha!!

    • Obéissance

      Ubona ari abantu canke n’ingtama!

  3. Racso69

    « Une industrie de transformation de tomates concentrées va bientôt démarrer ses activités en commune de RUGOMBO de la province CIBITOKE sous la gestion du collectif des associations des producteurs agricoles pour le développement, CAPAD en sigle. » ( RTNB Lundi, 20 Février 2012 )

    Peut-on savoir où en est cette usine? Merci!

  4. Kabadugaritse

    ……… témoigne : « Cette entreprise était régulièrement pompé, sous prétexte qu’il s’agissait des impôts. C’est ainsi qu’en 1989, l’Etat a pris une somme de 750 millions de Fbu de la trésorerie de cette entreprise.» Gabriel RIFYIRI nibaze ko afise iyi dossier mu minwe ahandi ho IMPUNITE Buyoya yahora yirigwa araririmba yicaye ku ntebe yirukanyeko Ntiba izoba ikibandanya. Bagomba kwishura aya mahera bageretseko n’inyungu!!!!!

    • Stan Siyomana

      @Kabadugaritse
      Au Chili (en Amerique Latine) la compagnie miniere de l’Etat (Corporacion National del Cobre-CODELCO) produit le plus de cuivre dans le monde.
      Elle verse TOUS SES PROFITS a l’Etat chilien (mais pas ce genre de pompage a la burundaise qui fait que presque toutes les entreprises de l’Etat burundais finissent par tomber en faillite).
      Chaque annee l’Etat chilien decide le montant a retourner a la compagnie miniere (ce qui expose CODELCO aux priorites que le Gouvernement a dans son budget au moment ou les citoyens chiliens demandent que l’Etat depense plus dans le secteur social).
      1. Le 1 juillet 2014, le Gouvernement chilien a annonce qu’il allait donner 200 millions de dollars americains a CODELCO pour lui permettre de financer ses investissements.
      (Voir Reuters: « Chile to inject Coldeco with $200mln, seeks long-term financing », http://www.reuters.com, 1 July 2014).
      2. Le ministre des Finances Alberto Arenas a declare:
      « Nous allons prendre des mesures pour appuyer Codelco et renforcer sa situation financiere pendant les cinq ans a venir (jusqu’en 2018). Nous allons lui donner 4 milliards de dollars pour son plan de developpement/linked to the company’s business and development plan ».
      3 milliards de dollars viendront d’un pret obligataire soutenu par la tresorerie chilienne/via treasury-issued debt et l’autre milliard de dollars sera l’argent des profits que l’Etat retourne a la compagnie.
      (Voir Reuters: « Chile to give Codelco $4billion in financing », http://www.miningweekly.com, 1 August 2014).
      Merci.

  5. Buja

    Dushirireko i foto ya Mzee Bagaza na yo uwa musubiriye ivyo yakoze turacabiriha.

  6. Tonton

    Comment voulez-vous que notre pays s’industrialise alors que la priorité d’en haut est leur poche!! Alors que aussi aucun ministre ou haut cadre ne peut faire ses initiatives sans ce fameux d’en haut?!!! Quelles sont les émergences que vous cherchez de ces gens qui ne cherchent que l’électorat en se lançant en campagne depuis leur serment!!! Voilà le bilan économique qu’il faut présenter au peuple affamé pour qu’il vous tende le sachet à main pour le riz et vous lui tendez les urnes en contre partie! Farah Aïdid faisait cela en Somalie  » l’histoire des origines de l’actuelle guerre interminable en somalie ».

  7. Kagohe

    Le plus grand projet du pouvoir en place, l’Ecole Fondamentale, est ce que ça va développer le Burundi? Je suis naturellement optimiste, mais cette réforme ne m’inspire pas espoir.
    Muribaza umwana aja muri secondiare afise amanota ari munsi ya 40%!!!
    Mesdames/Messieurs les décideurs, arrêtez-vous, repensez votre politique avant d’avancer, bien évidemment ça sera après 2015. Positionnez-vous d’abord ndazi ko ubu muhagaritswe imitima n’ibibanza muzoronka

  8. Gerard

    Pas d’industrie sans énergie Electrique.

    Par exemple moi, j’avais un projet de multiplication des poussins via les couveuses mais faute d’électricité permanent je n’en peux plus. L’usage des panneaux solaires et groupes électrogènes coûte les yeux de la tête.

    Avant de parler industrie il y a d’autres fondations qui doivent être érigées. Mais cela demande un leadership clairvoyant (babona kure).

  9. MUHUTU

    Chers journalistes, quand vous nous parlez du domaine industriel vous mettez la photo de BUYOYA qui n’a jamais conçu aucun projet du genre!!!Cherchez la photo du Mzee BAGAZA S.V.P!

    • Kagoma

      Mme/M. Muhutu, vous avez raison: en effet si on veut voir Buyoya lui aussi a construit quelque chose: le monument de l’Unité Nationale, c’est pas n’importe quoi (il a coûté des millions) et il est toujours là le projet. J’espère que ce projet ne sera pas privatisé/vendu, ko Giswaswa yayisize izoramba.
      Alors cher Iwacu, veuillez retoucher votre article, nous voulons voir Bagaza sur la photo illustrative de l’industrialisation au Burundi (ou à défaut Micombero, kiretse nimba mu mafoto y’iwe mufise hari iz’ihonyabwoko gusa).

    • MUTUTSI

      Ngirango babitiranije. Usanze inyange inyagiwe ayita igikukwe. Iyo foto mwashizeko ifise insiguro nyinshi.

    • kaminuza

      Muhutu, Ntiwasomye neza : Micombero a conçu les projets, Mzee Bagaza les a réalisés.

  10. kabura

    L’industrialisation est impossible sans une bonne politique de l’énergie. Celle-ci est le cœur même de l’industrialisation. C’est ce qui a manqué et qui manque encore à notre pays. Espérons que le ministre de l’énergie l’ait compris et qu’il va continuer en visant la quasi autosuffisance énergétique de notre patrie. Ce qui permettrait inévitablement un développement industriel et par conséquent économique

    • UMUKIZWA

      Mme et M.les journalistes Ngabire Elyse et Abbas Mbazumutima, je vous serais reconnaissant de chercher des informations et de nous parler un peu de la SUPOBU, une industrie qui s’occupait du traitement du poisson du lac Tanganyika, toujours à l’époque de Bagaza. Ca me fait souffrir de voir comment ces industries ont disparu une à une.
      Je me souviens encore comme si c’était hier comment j’allais y acheter des produits genre charcuterie à base de poisson prêts à la consommation que l’on pouvait manger seuls ou avec du pain en sandwich.
      Cette société était situé dans le quartier industriel. Je me demande s’il n’y pas moyen de copier et coller tout ce qui était bien à cette époque et au besoin l’améliorer étant donné le contexte technologique qui a énormément évolué depuis.

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