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Politique

2015, l’année du mandat

04-01-2016

L’année 2015 a surtout été marquée par la candidature de Pierre Nkurunziza à un troisième mandat, ce qui a provoqué des violences tous azimuts, hypothéquant ainsi l’avenir du pays.

2015 a été marquée par la candidature controversée de Pierre Nkurunziza à un 3ème mandat, source de violence au Burundi.

2015 a été marquée par la candidature controversée de Pierre Nkurunziza à un 3ème mandat, source de violence au Burundi.

Fin 2014 et début 2015, des leaders de la société civile burundaise annoncent déjà qu’ils ne toléreront pas une nouvelle candidature de Pierre Nkurunziza, qu’ils jugent anticonstitutionnelle et en violation de l’Accord d’Arusha.

Le 20 mars 2015, 17 cadres du Cndd-Fdd, menés par Léonidas Hatungimana, ancien porte-parole du président Nkurunziza, signent un document dans lequel ils rejettent ouvertement ce 3ème mandat. En représailles, quelque 130 hauts cadres «frondeurs», ouvertement opposés à ce troisième mandat, ont été évincés des fonctions officielles et des rangs du parti, ces dernières semaines. Certains ont été emprisonnés, d’autres ont choisi la clandestinité, disant craindre «pour leur vie».

Pierre Nkurunziza et ses partisans continuent leur course vers cet autre mandat. Le 25 avril, un congrès du Cndd-Fdd le désigne comme candidat à la présidentielle de juin 2015. L’opposition appelle alors à des manifestations pacifiques, dès le lendemain, afin de contraindre le président Nkurunziza à renoncer à un troisième mandat. Plus tard, un collectif contre le 3ème mandat est créé par la société civile, principal pilote de ces manifestations, Du côté de l’opposition, le mouvement Arusha voit le jour, pour le même combat. Quant au gouvernement, il multiplie les mises en garde contre toute tentative de «soulèvement» et interdit les manifestations dans tout le pays. La communauté internationale, les Etats-Unis en avant, condamne cette candidature.

Une candidature, des manifestations, du sang…

Mais aucun des avertissements lancés ces derniers mois contre les risques de dérapages en cas de candidature de Pierre Nkurunziza par la communauté internationale n’aura porté de fruits.Le Sénat burundais a annoncé mercredi 29 avril avoir saisi la Cour constitutionnelle au sujet de la légalité d’un possible troisième mandat du président Pierre Nkurunziza. Le 5 mai, la Cour constitutionnelle valide cette candidature et, des lors, pour le gouvernement, cette candidature est non négociable et s’y opposer serait faire acte d’insurrection. Le 8 mai, Pierre Nkurunziza dépose sa candidature à la Commission Electorale Nationale Indépendante, CENI. Cette dernière, dont le président et le porte-parole étaient également en place en 2010, a toujours été accusée par l’opposition de rouler pour le parti au pouvoir et son candidat. D’autres se sont d’ores et déjà déclarés candidats, notamment le patron de l’ancienne rébellion FNL Agathon Rwasa, de même que Jean Minani, le président du parti Frodebu Nyakuri. L’opposition est donc partagée entre la crainte d’affaiblir le mouvement de contestation et la volonté de ne pas laisser Pierre Nkurunziza concourir seul.

Le 13 mai, une tentative de putsch sous la houlette du général Godefroid Niyombare. Il s’ensuit une vague d’arrestations et d’exécutions de présumés putschistes et de leurs complices, ainsi que la destruction et la fermeture de certains médias indépendants accusés également d’être impliqués dans le putsch. Cette chasse à l’homme par le pouvoir provoque une autre vague de fuite à l’étranger de centaines de milliers de Burundais. Cependant, les manifestations continuent, violemment réprimées par la police qui tire à balles réelles sur les « insurgés ».

Des élections quoi qu’il en coûte…

Entretemps, des négociations sont entamées en juillet sous l’égide du président ougandais Yoweri Museveni – plusieurs propositions de report du calendrier électoral rejetées – pour tenter de résoudre cette crise politique, en vain. Pierre Nkurunziza a montré sa volonté de s’accrocher au pouvoir. Le gouvernement mate toute contestation de la société civile avec violence, au point de faire taire les voix dissonantes depuis juin, jusqu’à la veille du scrutin. La CENI repousse les législatives et les communales, d’abord prévues le 26 mai, deux fois. D’abord le 5 juin, puis le 26. La présidentielle prévue le 26 juin est également reportée deux fois, le 15 puis le 21 juillet.

Pierre Nkurunziza est réélu avec 69 % des voix, une victoire contestée par l’opposition, qui n’a pas pu faire campagne et dont plusieurs candidats se sont désistés, appelant leurs militants à boycotter les scrutins. Pourtant, Agathon Rwasa, un de ces candidats, arrive en deuxième position avec 18,99% des suffrages. Aux législatives, le Cndd-Fdd remporte 77 des 100 sièges à l’Assemblée nationale. La coalition d’opposition des Indépendants de l’Espoir, menée par les opposants Agathon Rwasa et Charles Nditije, a obtenu 21 sièges. Agathon Rwasa devient le 1ervice-président de la chambre basse du Parlement.

Début août, l’opposition réunie forme à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne, le Conseil National pour le Respect de l’Accord d’Arusha et de l’Etat de droit au Burundi (Cnared).

Un régime imperturbable…

Considéré par une grande partie de la communauté internationale comme la véritable opposition burundaise, mais non reconnu par Bujumbura, le Cnared réclame à grands cris la reprise du dialogue. Une position partagée par la communauté internationale qui va jusqu’à prendre des sanctions contre certains dignitaires du régime Nkurunziza.

Ce dernier crie au néocolonialisme, à l’ingérence, et continue à faire la chasse aux manifestants et aux malfaiteurs qui attaquent les forces de l’ordre dans les quartiers dits contestataires. La société civile et l’opposition sont accusées d’armer des jeunes avec l’aide du Rwanda et d’une partie de la communauté internationale. Mais cette dernière dénonce des violations graves des droits de l’Homme. Le 18 décembre, le Conseil de paix et de sécurité(CPS) de l’Union africaine (UA) autorise le déploiement d’une Mission africaine de prévention et de protection au Burundi (MAPROBU) de 5 000 hommes. Bujumbura rejette fortement cette décision, par le biais d’un congrès extraordinaire du Parlement et des manifestations populaires dans tout le pays.

Le retour du dialogue

En décembre, après cinq mois d’interruption, le dialogue interburundais semble vouloir reprendre, toujours sous la médiation ougandaise, les protagonistes ne s’étant pas parlé depuis le 19 juillet 2015 – deux jours avant la présidentielle.

Par après, Bujumbura se disait ouvert au dialogue, mais refusait des débats à l’étranger, notamment avec des « putschistes », tout en organisant un débat interburundais interne. L’opposition, qui a toujours réclamé un dialogue hors du Burundi, pour des raisons de sécurité, a eu gain de cause, avec la reprise de contact entre les deux parties à Entebbe le 28 décembre dernier.

  7   Vos commentaires
  1. MUGABARABONA

    « Toutes les fois que la tyrannie s’efforce de soumettre la masse d’un peuple à la volonté d’une de ses portions, elle compte parmi ses moyens les préjugés et l’ignorance de ses victimes. »
    Condorcet – 1795

  2. Mwajuru

    Tout ce qui est raconte dans ce text-recit n’a pas necessairement de preuve: ….la societe civile et l’opposition armeraient des jeunes aidees par le Rwanda….. Pourquoi ne pas penser d’abord a ces ex-militaires puschistes (au moins 220 paras???? – je ne suis pas sur) qui se sont volatilises dans la nature avec leurs armes???

  3. Mayisha Gashindi

    Mes voeux de 2016:Que cette année ne soit pas celle des fausses communes comme 2015.

    • Dora kabingo

      @ Mayisha Gashindi
      Je suis sur que les » fausses » promesses continueront , hélas les « fosses » communes aussi .

  4. TheSilentMajorityAndVictims

    Cher Edouard, excellent récit d’évenements et merci au journal Iwacu pr son professionnalisme dans un pays qui a oublié les valeurs démocratiques les plus fondamentales, entre autre la liberté de presse et d’opinion.
    Mais je crois que vous avez oublié de mentionné que ceux qui s’opposent à ce mandat de malheurs sont vite taxé par la tyranie comme étant des insurgés, ou pire encore des ennemis de la Nation, confondant ainsi betement ou sciemment la sacré-Nation avec le mandat de trop. Ces « ennemis » de la Nation selon l’indésirable Baratuza ont été emmenés par la police et retrouvés mitraillés avec des mains branchées! Crimes contre l’humanité, crimes de guerre.

  5. SENYAMWIZA

    A sa place, je regretterai beaucoup ce troisième mandat dominé par des exécutions extrajudiciaires, des fausses communes et des crimes de viols, un mal sans précédent dans notre pays. Le pays est troublé. La police et la milice Imbonerakure arrêtent ou kidnappent qui ils veulent, demandent des rançons, torturent et tuent sans se soucier de poursuites judiciaires. Le pays devenu une véritable jungle où règne la loi du plus fort sans que la justice puisse agir… !
    Personne, alors personne ne pouvait s’imaginer une seule fois qu’après plus d’une décennie de guerre, un Président au pouvoir depuis 10 ans, venu au pouvoir dans un contexte de guerre civile allait nous y replonger en dépit des avertissements de plusieurs acteurs de la politique burundaise tant nationaux qu’internationaux… !
    J’ose espérer qu’un jour les responsables de ces maux infligés gratuitement au peuple burundais pourront être traduits devant les juridictions nationales ou internationales pour répondre de leurs actes.. !

    • nyamisi

      Mr. Nyamwiza, Mr. Gashindi,
      « Fosses communes » quand meme.

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